Maxime Misseri, géologue chez AD-LAB, répond à trois questions sur la différenciation des fragments de clivage amiante et non amiante dans les roches naturelles. Créé en 2013, le laboratoire bénéficie de la grande expérience de ses analystes et géologues en matière d’amiante.

Quelle est la principale différence entre l’analyse des roches naturelles et celle des matériaux du bâtiment ?

Dans les matériaux du bâtiment, l’amiante a été placé volontairement pour ses propriétés de résistance à la chaleur, aux acides et à l’eau. Il est facile de l’isoler car l’amiante est quasiment le seul composant à résister à ces trois éléments dans les matériaux de construction. Tandis que dans une roche naturelle, vous allez retrouver d’autres minéraux qui ont des propriétés physicochimiques proches de l’amiante, ce qui le rend plus dur à isoler. Seuls 5 à 10 % de l’échantillon peuvent être retirés de la matrice pour procéder à l’analyse, contre 70 à 80 % en ce qui concerne les matériaux du bâtiment. Le temps passé sur chaque analyse est donc plus important car les analystes regardent beaucoup plus d’ouvertures de grilles. Sur un échantillon naturel, l’observation peut durer jusqu’à deux ou trois heures.

Comment distinguez vous les fragments de clivage ?

Si vous avez une fibre d'amiante les caractéristiques sont assez claires. L’identification est en général assez facile car le nombre de minéraux pouvant être asbestiformes est faible. Il faut donc commencer par repérer les fibres d'amiante faciles à analyser, avant d’entrer dans un domaine beaucoup plus vaste : celui des fragments de clivage. Des minéraux très communs peuvent produire ces particules. Nous devons identifier les fragments de clivage d’intérêt, qui pour certains ont une composition chimique proche des amiantes, et les fragments de clivages qui ont la même composition chimique que les amiantes qui de par leurs caractéristiques dimensionnelles sont « classées » directement comme amiante selon la norme NFX 43 050.

La difficulté dans le cas des fragments de clivage aillant la même composition que les amiantes c’est qu’il existe un continuum entre les deux types de particules. Ceci est dû au processus de formation des fibres. Il faut ainsi utiliser les bons critères de caractérisation pour pouvoir déterminer dans quel cas nous nous trouvons. De plus, certains fragments de clivage (les précurseurs) sont annonciateurs des fibres d’amiante et constituent des alertes donnant le signal à de nouvelles investigations.

Quelle technologie de microscopie utilisez-vous ?

Nous sommes obligés de passer par une étape que beaucoup de laboratoires, à tort, ont supprimé de leur processus analytique - ou le font mal. Il s’agit de l'observation au microscope optique à lumière polarisée. Les roches naturelles contiennent en effet énormément d'informations qui orientent par la suite le travail en microscopie électronique. Le champ d’investigation au microscope optique permet une observation beaucoup plus large et pour les fibres optiquement observables, il a une très bonne limite de détection. C’est notamment dans cette phase qu’on va détecter les précurseurs dans la masse, ce qui nous oriente sur des investigations plus profondes. La résolution du microscope électronique est très supérieure à celle des microscopes optiques mais sa limite de détection est bien plus basse. Les deux méthodes sont complémentaires et indissociables tout du moins pour la détection de l’amiante dans les roches naturelle et produits dérivés.

Les critères ne sont pas les mêmes entre ces deux méthodes complémentaires. En microscopie optique, comme le matériau est très peu altéré, nous pouvons par exemple voir des fibres courbes. Si elles sont capables de se courber, c'est qu'elles sont souples. Or, un fragment de clivage n'est pas souple. En microscopie électronique, de par la préparation employée, les fibres vont se casser. Il est donc très rare de voir des fibres courbes avec cet équipement.

Chez AD-LAB, nous avons listé les critères décrits dans les normes et les articles scientifiques, dans un tableau. Notre expérience et notre savoir-faire nous a permis de construire un logigramme - testé avec les standards - nous permettant de confirmer selon les textes de référence avec précision la présence de fragments de clivage. Nous prenons très au sérieux notre devoir d’information et de description : le client doit savoir exactement où il se situe afin de pouvoir mener la bonne stratégie et de répondre le plus précisément à la réglementation, tout en se préparant aux réglementations futures. Sur les trois laboratoires accrédités dans la roche en France, AD-LAB est le seul à offrir une description aussi précise des particules et à savoir identifier les particules minérales allongées d’intérêt (PMAI), comme le demande l’ANSES.